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 Premier bail avec la D1
De Septembre 1968 à Avril 1986, le Sporting a signé son premier bail avec l'élite du football français. Dix-huit saisons avec des hauts et des bas, mais surtout deux finales de coupe de France dont une gagnée et le fabuleux parcours en coupe UEFA. Deuxième partie de ce parcours avec deux années qui resteront à jamais gravées dans toutes les mémoires, 1978 et 1981.

C'est à Nice, début septembre 1968, que le SECB dispute son premier match en D1. Une rencontre historique donc, qui voit les Bastiais partager les points (2-2) avec leurs hôtes. L'entrée en matière est d'autant plus réussie, qu'une semaine plus tard le Sporting domine Strasbourg (2-1) à Furiani.

Cette saison 68-69 restera d'ailleurs comme l'une des plus belles dans l'histoire du club. L'attaque bastiaise ne compte plus Sansonetti dans ses rangs, mais figure quand même en définitive parmi les plus performantes du championnat. Serra (débarqué de Nice) et Mekloufi constituent une paire redoutable. Ils inscrivent à eux deux la moitié des cinquante buts portés cette année-là au crédit du SECB.
Rachid Mekloufi, ce fut le transfert surprise de cette intersaison. Annoncé au Servette de Genève, la vedette algérienne donne finalement son accord à Bastia, fin août. Composée en majeure partie de joueurs corses (Orsatti, Gandolfi, Camadini, Panisi, Vincenti, Vescovali, Papi, Franceschetti, Julliard, Padovani ... ), la formation bastiaise bénéficie toujours de l'expérience et du talent intact de ses deux internationaux, Ferrier et Zenier, qui avaient pris une part prépondérante dans la montée en D1. Avec toujours aussi Lucien Jasseron à sa tête, le SECB réalise donc l'un de ses plus beaux parcours à ce niveau en terminant à la sixième place d'un championnat remporté pour la troisième année consécutive par l'A.S. Saint-Etienne.

La saison suivante (69-70) n'est malheureusement pas du même tonneau. Contrairement à la fois d'avant, le SECB rate complètement son départ. Les Bastiais enregistrent quatre sévères défaites (devant Lyon, Bordeaux et Nîmes) pour ne signer qu'une seule victoire (contre Sochaux) durant les cinq premières journées. L'affaire est bien mal engagée, et la nomination de Mekloufi au poste d'entraîneur-joueur n'y change pas grand-chose. Le Sporting termine l'exercice à la dix-septième et avant-dernière place. Le maintien passe désormais par les barrages.

Le SECB va sauver sa tête grâce notamment aux deux larges succès obtenus devant Avignon. Ajaccio, Valenciennes et Reims sont, eux, repêchés afin de porter le championnat à vingt clubs. L'arrivée d'Edmond Delfour en qualité d'entraîneur, charge qu'il partagera un temps avec Mekloufi, marque l'inter-saison 70-71.

Mais cela ne suffit pas à donner un nouvel élan à une équipe bastiaise pas du tout à l'aise à l'extérieur (à peine quatre points de pris), et trop irrégulière à domicile. Cela avant d'aligner sept victoires d'affilée à Furiani en fin de parcours. Un sursaut salvateur, puisqu'au bout du compte le SECB finit dix-septième - la première des places non-relégables - pour la deuxième année consécutive avec la plus mauvaise défense (83 buts encaissés) du championnat.
Entre temps, Jean Vincent avait pris la direction de l'équipe en remplacement de Delfour.

Après Rakic, les dirigeants bastiais recrutent deux autres Yougoslaves, Pantelic et Savkovic à l'orée de la saison 71-72. A ces renforts définitifs s'ajoute la venue de Felix, un attaquant de race. L'équipe est mieux équilibrée et plus performante dans toutes ses lignes où les Corses (Papi, Luccini, Tosi, Franceschetti ... ) s'affirment. En cours de saison, jean Vincent passe la main à Pierre Cahuzac.
Celui qui a fait le GFCA va réussir dès ses premiers mois à Bastia.
Le SECB règne en maître sur sa pelouse. Il n'y concède qu'une seule défaite (devant Monaco) pour signer quelques gros scores, comme face à Sochaux (6-1). Ça lui vaut de bien figurer (9ème) à l'heure de la remise des prix, sans compter que cette nouvelle dynamique en championnat va contribuer à en faire un finaliste de la coupe de France !

Sur sa lancée le Sporting va passer la meilleure partie de la saison 72-73 en bonne compagnie. Il finit d'ailleurs et à nouveau l'exercice à la neuvième place, après s'être retiré invaincu à Furiani ! Cette année-là le voit aussi participer à une coupe d'Europe pour la première fois de son histoire.
Après avoir résisté à l'Atletico Madrid à Mezzavia (0-0), le SECB s'incline au retour sur la pelouse du stade Vincente Calderon (2-1), et est donc éliminé dès le premier tour de cette Coupe des Coupes 73.


 

Si on le retrouve dans la mauvaise moitié du tableau (15ème) au terme de la saison 73-74, le Sporting retrouve de ses couleurs perdues les années suivantes.
Sixième en 74-75 (mais aussi champion de France de 3° division), puis huitième en 75-76, on attend la suite en espérant une confirmation. On ne sera pas déçu...

La saison 76-77 laissera un souvenir impérissable. Le Sporting rivalise, quand il ne les domine pas, avec les meilleurs. La vitesse et la vivacité de Zimako, la puissance et l'opportunisme de Felix, l'intelligence de jeu et la vista de Papi, la somme de tout ça ajoutée au talent et à la classe de Dzajic, font de l'attaque bastiaise la plus performante du championnat (82 buts) !
Avec Petrovic, Orlanducci, Cazes, Luccini, Marchioni, Burkhardt... l'équipe repose aussi sur de solides bases derrière.
Mais cette année sera celle de Dzajic.

Presque décevant à ses débuts sous le maillot bleu, le Yougoslave va redevenir en quelques mois le joueur génial qui nous avait émerveillé un soir de match international à la télévision, peu avant de débarquer à Bastia.
S'il va accueillir encore bon nombre de grands du foothall dans ses rangs par la suite (Rep, Milla, Mlynarczyk, Risjbergen, Tarantini ...), qu'on se souviendra longtemps de ces quelques autres venus d'ailleurs pour ce qu'ils ont fait de bien au club (Mekloufi, Ferrier, Zenier, Kanyan, Zimako, Pantelic, Heidkamp, Solsona, Broissart, Larios, Lacuesta, Drobnjak ...), Dzajic occupe sans doute une place à part dans la mémoire collective.
Doté d'un pied gauche magique, véritable don de Dieu au service d'un sens du dribble hors du commun, le "Serpent de Belgrade" a enchanté toute une génération de supporters et rendu fous toute une génération de défenseurs ! On n'oubliera jamais ses numéros de soliste sur le côté, et la précision diabolique de ses coups de pied arrêtés. Entre autres chefs-d'oeuvre du maître : ce coup-franc exécuté face... au Libecciu un soir contre Saint-Etienne, même Platini n'en était pas revenu... Et bien sûr ce mémorable duel livré à son ami Pantelic, passé au PSG. Quatre, cinq, six, on ne sait plus trop au juste. Mais ce qui est certain, c'est que le dernier corner de cette incroyable série devait se loger dans la seconde lucarne, alors que pour la énième fois, le grand "Panto" était venu pour boxer le ballon devant la première ! 

Le Sporting finit sur le podium (3ème), son meilleur classement à ce jour à ce niveau, et se qualifie donc pour la coupe de l'UEFA. Une autre grande saison se prépare...

L'épopée européenne (77-78) reste un monument dans l'histoire du football national. On ne s'y attardera pas ici, puisque tout vous est conté dans le détail par ailleurs. Il est certain que le parcours en coupe d'Europe et la dynamique qu'il entraîne, favorisent les desseins de l'équipe en championnat. S'il rate une seconde qualification UEFA, le SECB n'en termine pas moins à une excellente cinquième place derrière Monaco, Nantes, Strasbourg et l'OM.

Les saisons suivantes sont bien moins faciles à vivre. Le SECB commence par rentrer dans le rang (14ème en 78-79), pour terminer juste aux limites (16ème) de la zone dangereuse l'année (79-80) d'après.

Le Sporting retrouve un rang (10ème) bien plus honorable, et surtout dispute la finale de la coupe de France à l'issue de la première saison de l'ère Redin. Arrivé de Nancy et précédé d'une belle réputation, Antoine Redin réussit donc au bout des premiers mois, un peu à la manière de Pierre Cahuzac. Vainqueurs du grand Saint-Etienne, les Bastiais s'ouvrent ainsi une nouvelle fois les portes de l'Europe.

Le SECB est éliminé par Tblisssi en 8ème de finale, après avoir éliminé Kotka au tour précédent. Il prend la 12ème place de ce championnat 81-82.
Comme durant les lendemains de la grande épopée de 78, le Sporting souffre la saison d'après (17ème en 82-83), remonte au classement (10ème en 83-84) et reperd à nouveau du terrain (14ème en 84-85) après un plutôt bon début de championnat.

Le suivant est en revanche complètement raté. Et pour cause...
Le stade de Furiani suspendu deux matches, le S.E.C.B. joue ses quatre premières rencontres à l'extérieur. Successivement battus par le PSG, Lens, Rennes et Nantes, les Bastiais s'inclinent aussi à Sochaux après avoir retrouvé leur pelouse et à peine repris goût à la victoire contre Toulon. Le bilan est donc largement négatif, et le SECB ne sera jamais plus en mesure de rattraper son lourd retard du début. Dernier de la classe 85-86, le Sporting est relégué en D2 après dix-huit saisons consécutives en D1.

Huit saisons en deuxième division
Après avoir été sur le podium de la longévité en première division, le SECB descend de son piédestal et rejoint le championnat de deuxième division. Pour les supporters, c'est un coup de massue dont ils se remettront assez vite : la motivation renaît avec la perspective enfiévrée d'une nouvelle accession. Pour les observateurs, la D2 c'est ce qu'on appelle communément le purgatoire. Dans le cas de Bastia, l'image illustre parfaitement ce passage de funambule sur un fil ténu où l'équilibre, d'une extrême fragilité, peut rompre à tout moment pour faire basculer vers le paradis ou l'enfer. Le Sporting va caresser le premier et plonger dans le second...


De la saison 85/86 à la saison 93/94, Bastia va naviguer dans les eaux troubles de la deuxième division avec, successivement, trois hommes à la barre : Roland Gransart le serein, René Exbrayat le combatif et Léonce Lavagne le téméraire. Dans une approche différente, ces capitaines aux tempéraments diamétralement opposés vont, chacun dans son style, préparer l'équipe bastiaise au renflouement vers les rives de l'élite.
Au fil des saisons, le navire corse va avoir le vent en poupe ou combler des voies d'eau. Ainsi, dès la première saison, le SECB flirte avec la remontée : 65 buts inscrits (mais 50 encaissés !) avec pour meilleur buteur du groupe, N'Gouette. Mais la cinquième place n'est pas suffisante, ni même la huitième, la cinquième et les deux sixièmes qui suivent. Les plus vifs regrets sont nourris lors de la saison 90/91 : le Sporting s'essouffle en fin de parcours et, après avoir longtemps mené le bal, rate l'accession dans la dernière ligne droite. Même en athlétisme, on a l'habitude de dire que la quatrième place est la plus frustrante.
Ce n'est qu'à la faveur de la huitième saison de "purgatoire" que Bastia, qui évolue dans la première poule unique de D2, parvient à ses fins et gravit enfin l'ultime marche qui mène à l'élite grâce à une remarquable troisième place, dans la roue de Nice et Rennes.
Dans les coulisses, les présidents se succèdent parfois à la vitesse des comètes. En laissant, comme traînes, des nébuleuses d'espoir ou de désillusion. Deux d'entre eux vont pourtant marquer l'histoire du club. Le premier est Jean-François Filippi. C'est sous sa direction que les ambitions sportives prennent vraiment corps et il va donner les impulsions nécessaires à un retour à l'élite.
Le deuxième, Pierre Fantoni, s'est singularisé sur le plan financier. Et son intervention avec la complicité de l'avocat maire de Valenciennes Me Borloo, va permettre d'un simple trait de plume d'effacer la dette endémique qui lestait dangereusement le club depuis deux décennies. Ces prémices des années 90 constituaient une première prise de conscience des difficultés de trésorerie au sein des clubs professionnels et une sérieuse menace de disparition pesait sur le stade de Furiani. Il aura fallu un dribble juridique dans un mouchoir (pompeusement appelé convention de dévolution) pour éponger plus de douze millions de francs lourds et sauver ainsi un club voué aux gémonies par le pouvoir du football français. Le SECB a vu s'évanouir son "Etoile" en même temps que ses créanciers.

Jules Renard écrivait que le bonheur, c'était un peu le silence du malheur. Le Sporting a distillé du bonheur par brassées de saisons. Mais il suffira d'une petite poignée de secondes pour installer dans un stade devenu mythique le silence et le malheur. La plaie du 5 mai 1992 ne se refermera jamais. Ce soir-là, l'excitation est à son comble. Bastia sort des brumes anonymes de la deuxième division pour recevoir un grand du championnat de France, l'Olympique de Marseille. La qualité de l'adversaire et la magie de la Coupe créent un engouement hors du commun et toute la Corse du football, embrasée par l'événement, ne veut pas rater une miette de la prestigieuse affiche.
Brutalement, le rêve s'effondre avec la tribune Nord érigée à la hâte pour satisfaire le plus grand nombre. Le bilan est horrible : dix-sept morts et plus de deux mille blessés. Le destin est d'autant plus cruel que sa faux frappe au moment où la joie était la plus intense, à quelques minutes du coup d'envoi.
Après avoir été la fierté de tout un Peuple, Furiani était devenu la honte du monde. On a tout dit de cette tragédie. La justice a situé les responsabilités. Mais les seuls murs du Palais ne suffiront jamais à circonscrire l'immense douleur des familles. On n'oubliera jamais cette nuit festive qui a sombré dans le fer, les larmes et le sang. Ce soir-là, le stade désarticulé renvoyait à lui seul l'image d'une Corse sous-développée au niveau de ses équipements et infrastructures. Comment avait-on pu, avec du recul, imaginer qu'un club qui évoluait depuis un quart de siècle dans l'univers du football professionnel pouvait continuer à se produire dans une enceinte sportive qu'une majorité de clubs étrangers auraient repoussé comme simple terrain d'entraînement !
L'orgueil du miracle permanent a fait long feu. Au delà des faits et méfaits du 5 mai, la responsabilité est collective. Si Bastia avait été doté d'un stade digne de son statut et de ses performances sportives, jamais cette nuit aurait été maudite. La prise de conscience est venue trop tard. Dans l'urgence de l'émoi et de l'indignation, les élus ont fait de grandes promesses. Le souvenir est toujours très présent mais les plus belles résolutions n'ont pas de mémoire. La preuve ? Onze ans après, la reconstruction de Furiani n'est pas terminée...

Au lendemain de la catastrophe, les supporters parmi lesquels des blessés en convalescence, vont se mobiliser pour que leur club ne soit pas rayé de la carte du football. La Corse a si peu de sujets sur lesquels elle peut épancher sa fierté !
Doucement, le site va renaître de ses cendres sous la houlette du District de Bastia qui devient propriétaire des installations. Sur le terrain, on fait bloc. On sait que l'on doit s'exiler, jouer à Ajaccio puis à Aix-en-Provence. Joueurs, supporters et encadrement consentent des sacrifices pour que le club renoue avec un semblant de vie. La foi et le courage de chacun auront raison d'une disparition programmée.
Le dimanche 4 avril 1993 est une autre date historique. Moins d'un an après la tragédie, le SCB retrouve le stade de Furiani dans la tenue du souvenir, celle du deuil. Sous les yeux de Noël Le Graët, président de la Ligue nationale de football, Bastia bat Nancy 3 buts à 0.
Le capitaine Antoine Di Fraya et les siens dédient ce retour gagnant "à tous ceux qui souffrent". Après le coup de sifflet final, les joueurs effectuent un tour d'honneur sous les acclamations d'un public étriqué dans une enceinte provisoire.
Malgré un ciel presque aussi noir que le maillot qu'ils arborent, malgré cette atmosphère oppressante qui leste les poitrines d'une chape de plomb, malgré l'ombre de la tribune maudite engloutie dans les mémoires, malgré une minute de silence qui a noué les gorges et mouillé les regards, malgré les fleurs du souvenir éparpillées sur le terre-plein de la douleur, Furiani avait ressuscité. Le jour des Rameaux.
Un an plus tard, toujours face à Nancy, Bastia gagne et retrouve officiellement l'élite. Furiani avait reconquis un précieux privilège, celui de pouvoir à nouveau chavirer de bonheur..

La fabuleuse balade des "bleus"
Évoquer l'épopée européenne du Sporting aujourd'hui, c'est avant tout évoquer toute une série d'images plus belles les unes que les autres. Des images en bleu toutes cristallisées sur les mille et quelques minutes de bonheur connues par le club de septembre 1977 à mai 1978. C'est-à-dire de Furiani à Eindhoven, une balade merveilleuse qui mérite maints arrêts. Cette histoire vous sera contée en cinq épisodes, dont voici le premier.

La première halte sera pour rappeler une fin de saison. Celle de 76-77. Et le passage du témoin entre le club troisième du championnat, qui a causé des malheurs aux plus grands, et celui qui va se révéler quelques semaines plus tard à l'Europe du football.

La scène se déroule à Furiani dans ce qui tenait lieu de vestiaires sous l'ancienne tribune est.  Dragan Dzajic, un brin de nostalgie dans la voix, évoque avec Jacques Zimako, le prochain avenir de ce qui est encore le SECB, le E étant celui de l'Étoile voulu un jour par Victor Lorenzi pour un mariage presque contre nature avec le club de la place d'Armes. "Zimako face à Breitner, voilà qui va être à voir". Ce n'était, bien sûr, qu'une boutade car Dzajic sur le départ ignorait que durant l'intersaison l'ailier kanake rejoindrait Saint-Étienne et que le Bayern de Munich et son défenseur maoïste ne croiseraient jamais la route du Sporting...

Une route, longue et belle, sur laquelle va cheminer un bon bout de temps un certain Andréas dit... Johnny Rep, Champion d'Europe avec l'Ajax d'Amsterdam et vice-champion du monde avec la sélection nationale des Pays-Bas. Il arrive en ce début de saison 77-78 en droite ligne de l'Espagne et de Valence et Jules Filippi, fin négociateur, déploie tellement d'arguments dans un restaurant situé à l'extérieur de la ville qu'il parvient à le convaincre d'endosser le maillot "bleu" sans avoir eu à lui faire découvrir... Furiani.

Furiani ? La vieille arène, qui s'est à peine transformée pour fréquenter l'Europe, constitue d'ailleurs un lieu de curiosité pour tous ceux qui y viennent pour la première fois.

Les Portugais du Sporting de Lisbonne ne dérogent pas à la règle.

Lorsqu'ils débarquent avec armes et bagages, sur ce qu'ils croient être le terrain... d'entraînement, ils affichent à l'image de Salif Keita, l'ancienne vedette stéphanoise et marseillaise, un sourire en coin qui traduit assez bien leur dédain pour le Petit Poucet corse. Même dédain en repartant. Certes, Félix, le Lucky Luke de Furiani-City, a frappé trois fois mais Jordao et Fraguito ont, de leur côté, eu raison de Petrovic à deux reprises.

Lisbonne, l'immense stade Alvalade, et ses 70 000 spectateurs, quinze jours plus tard. Personne, parmi la délégation insulaire et la centaine de supporters qui a effectué le déplacement, ne songe à la qualification. Pourtant le Sporting tient parfaitement la route. Jusqu'à dix-huit minutes de l'arrivée quand Fernandes assène le coup qui, pense-ton, met K.O. le SECB. Mais l'on ignore à ce moment qu'une grande équipe est en train de naître. Ou à tout le moins que l'on n'abat pas le bleu de Bastia aussi facilement. Les journalistes corses comme les autres.

Au Portugal, où l'on joue très tard, ils font leur "une" sans attendre le coup de sifflet final. " Bastia, tête haute " titrent-ils avant l'heure. Mais à quatre minutes de la fin il faut tout recommencer : Rep vient de passer par là. Et il faut encore tout reprendre cent vingt-secondes plus tard : cette fois c'est Félix, roi de ce début de Coupe d'Europe, qui fait trembler à son tour les filets adverses.

Dans les rédactions insulaires le souvenir de cette folle nuit européenne est toujours ancrée dans les mémoires mais sans doute moins que dans celle de ces fidèles supporters qui ont fait l'espace d'une soirée de Lisbonne, où le Sporting local a mis avec une certaine grogne un grand mouchoir sur ses ambitions, une première capitale conquise !

 

 

 

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